Le Label HVE : une garantie à la hauteur ?
Le label HVE est-il encore un acte de greenwashing ?

Le Label HVE : une garantie à la hauteur ?

Résumé

Le label HVE est de plus en plus présent en supermarchés ou ailleurs. Mais alors comment fonctionne cette certification ? Quels sont les critères ? BioToutCourt vous éclaire sur le sujet…

Vous en avez probablement déjà entendu parler, et l’avez peut-être vu fleurir sur certains produits… Nous parlons bien du label HVE (Haute Valeur Environnementale). Ce label explose ces derniers mois et s’affiche sur une partie des produits en supermarché et ailleurs. Accusé de greenwashing, le label serait même selon certains un outil des ministères pour adhérer à la Politique Agricole Commune. Alors, ce label HVE, véritable démarche pour une transition agro-écologique ou greenwashing ? Une garantie environnementale à la hauteur ? On vous le dit : ce n’est pas le cas ! BioToutCourt vous éclaire sur le sujet, suivez-nous.

Historique du label HVE

Inspiré du modèle suisse, le label HVE est né lors des débats menés durant le Grenelle de l’Environnement en 2007. Il est prévu que cette certification soit une marque de reconnaissance des bonnes pratiques environnementales et sanitaires des producteurs. Ce label a été imaginé pour répondre aux besoins des consommateurs. Ces derniers cherchent la transparence et la préservation de l’environnement.

En résumé, cette certification vise à mettre en place des objectifs communs et à encourager les bonnes pratiques. Ainsi, après une expérimentation d’un an sur 100 exploitations agricoles, les référentiels définissent 3 principes :

  • La certification peut être appliquée à tous, tant les exploitations spécialisées que celles en polyculture 
  • Elle doit englober toute l’exploitation 
  • Le label se portera sur l’aspect environnemental, et non sur le développement durable. Ce dernier intègre des exigences sociales (très peu pour eux, voyons !)


Dis, concrètement, c’est quoi le label HVE ?

Le label HVE porte sur quatre domaines définis. La stratégie phytosanitaire de l’exploitant, la bonne gestion de la quantité d’eau, des fertilisations et la préservation de la biodiversité.

Il y a trois niveaux à la certification 

Le 1er niveau 

Il correspond tout simplement au respect des bonnes conditions agricoles et environnementales. Autrement dit, il faut respecter la loi.

Le 2ème niveau 

Toujours pas de grandes avancées (navrés de vous décevoir). Ce niveau de certification se nomme « certification environnementale de l’exploitation ». Il est attribué après une évaluation de l’exploitation. Le référentiel pour l’évaluation porte sur :

  • L’identification et la protection des zones primordiales pour la biodiversité
  • En fonction du type d’exploitation, « adapter » l’utilisation de produits phytopharmaceutiques
  • Une bonne gestion des fertilisants (utilisation et stockage). Il faut conserver une bonne santé des plantes, un rendement et une qualité de produits satisfaisante. Évidemment, il faut « limiter » les fuites de ces produits hors de l’exploitation.
  • L’optimisation de l’usage de l’eau

En somme, quelques « contraintes » de plus que le minimum légal mais pas de notation au sens strict.

Le 3ème niveau 

Il correspond tout simplement au respect (pour toute l’exploitation) des règles et seuils concernant les quatre indicateurs. On le mesure soit par des indicateurs composites ou globaux. En l’occurrence, c’est la partie « chiffrée » qui permet d’obtenir la mention « exploitation de haute valeur environnementale ».

Cerise sur le gâteau, le choix est à la carte quant à la façon d’évaluer une exploitation !

Deux options

L’option A 

Elle consiste en un questionnaire détaillé sur les pratiques de l’exploitant dans les quatre thématiques exposées au niveau 2. Cela fonctionne comme une note, et l’agriculteur doit obtenir au moins 10 points dans chaque catégorie pour obtenir le label HVE.

L’option B 

Pour cette option, deux critères globaux comptent. Il faut qu’au moins 10 % (seulement) de la surface soit en « infrastructure agro-écologique » ou au moins 50 % en prairie permanente. Et il faut que le montant des intrants ne dépasse pas 30 % du chiffre d’affaires.

On comprend rapidement que ce label laisse beaucoup d’incertitudes, et qu’il ne répond pas à la promesse de transparence.

Le label HVE décortiqué

Reprenons le fonctionnement du label. L’option A, même si elle est plus « encadrée » que l’option B, ne suffit pas.

Un exploitant obtiendra les 10 points nécessaires pour la délivrance du label HVE… Même s’il a de mauvaises pratiques ! Et oui, y compris noyées parmi les bonnes. Les critères sont nombreux, et non pénalisants. En réalité, il y a beaucoup trop de possibilités de gagner des points sans en perdre.

Concrètement, prenons un arboriculteur cultivant plus de 10 espèces et traitant une partie de son exploitation avec des solutions alternatives. Il pourra obtenir le label même si une partie de sa production est sous pesticides. Un aviculteur pourra traiter une partie de ses volailles avec des produits phytopharmaceutiques, mais garder une partie saine et traitée naturellement. Autre exemple que les produits utilisés : on note une incohérence pour connaître la superficie des haies. On convertit le linéaire en surface grâce à l’équivalence retenue pour la PAC entre 2007 et 2013. C’est un coefficient 10 fois plus favorable à celui qui entre aujourd’hui dans le cadre du verdissement en Europe !

Non au compromis !

Faire un compromis n’est pas envisageable. Un pesticide reste un pesticide, quelle que soit la quantité ! Les bonnes pratiques doivent être en grand nombre, pas par petites touches. Et sans rien changer à son mode de production si l’on est un tant soit peu responsable.

L’option B, c’est encore pire ! Exemple en maraîchage ou en viticulture. Même avec l’emploi de nombreux pesticides, il est facile de garder une part inférieure à 30 % du chiffre d’affaires. Et dépasser les 10 % de surfaces en infrastructures agro-écologiques ne sera pas un problème non plus. L’effort de l’exploitant est donc moindre, voire inexistant pour une transition agro-écologique.

Au-delà des pesticides, des haies ou même des traitements phytopharmaceutiques, cela signifie également pour les éleveurs que l’élevage en batterie reste envisageable. Et que la culture hors-sol est possible aussi ! L’agriculture intensive est compatible avec le label HVE. En résumé, nous ne pouvons pas dire que le label encourage les mauvaises pratiques, mais les pénalise-t-il ? Nous devons compter sur la bonne foi des agriculteurs en conventionnel. Ce label reste donc flou et donne énormément de liberté.

Raisonnée vous dites ?

Rappelons également que l’agriculture « raisonnée » ne signifie rien. On ne raisonne pas en matière de pesticides ou de bien-être animal, on agit ! Le label HVE est donc d’abord et malheureusement un leurre à destination des consommateurs les moins avertis. Impossible de faire la différence entre une exploitation HVE qui agit réellement en faveur de l’environnement et une autre. Pour les exploitants qui souhaitent réellement valoriser leur progrès, cette certification est douteuse. Au final, personne n’y gagne.

Du greenwashing sous l’étiquette

Réfléchissons. Un label qui certifie une haute valeur environnementale alors que le produit est bourré de pesticides, d’antibiotiques… Cela ressemble trait pour trait à du greenwashing ! Peut-on dire que le label HVE est un encouragement à mieux produire ? Oui, mais non. C’est encore une fois un label commercial qui perd le consommateur et ne valorise pas les producteurs réellement engagés. Cela rappelle la multiplication des mentions et labels placardés en vert sur certains produits. « Composition naturelle », « à partir d’ingrédients 100 % naturels », « respectueux de l’environnement ». Ce n’est pas parce que ces indications sont dans un joli cercle vert avec une petite fleur qu’elles veulent dire quelque chose. Il est indispensable de savoir reconnaître les labels de la bio pour consommer plus responsable !

Contrairement aux labels AB, Nature&Progrès ou Démeter qui ont des exigences strictes et chiffrées, sans compromis, le label HVE est flou. Le cahier des charges serait à revoir entièrement. Bien que cette certification puisse être un pas vers le mieux, voire un pas vers le bio, méfions-nous. Il ne faut pas perdre de vue que le compromis n’est pas suffisant lorsqu’il s’agit d’alimentation et de santé. Alors peut-on dire que ce label concurrence les divers labels bio ? Absolument pas ! Il n’est actuellement pas à la hauteur. Certes, il existe un cahier des charges, mais bien trop léger.

La certification HVE est trompeuse pour les consommateurs. Elle ne permet pas non plus aux producteurs qui font réellement des efforts de se démarquer des autres. Alors pour être sûrs de ce que vous achetez, tournez-vous vers les producteurs bio autour de chez vous. Sur la plateforme BioToutCourt, vous ne trouverez QUE des produits bio, a minima labellisés AB, et dans votre région.

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